Que réclament les doyens et pourquoi ?

Ceux-ci réclament la mise en place d’une double sélection drastique :

  • Un concours en fin de BAC1 (ou en fin de BAC3, ou en début de BAC1) qui barrerait l’accès à la suite de leurs études à ⅔ des étudiants.
  • Un renforcement du quota d’étudiants non résidents (passer de 30 à 20% d’étudiants à l’entrée de VETE).

Les raisons sont multiples :

  1. La première raison, c’est que l’ULg est liée à un organisme privé européen, l’AEEEV (Association des établissements d’enseignement en vétérinaire). Cet organisme délivre des certificats de qualité aux différentes facultés organisant la médecine vétérinaire dans l’Union européenne, sur base de ratios (du genre : combien d’assistants par étudiants). L’ULg craint de perdre ce certificat de qualité.
  2. La seconde raison est liée à un problème plus large de définancement structurel de l’enseignement supérieur. Depuis 1996, l’enseignement supérieur est financé par une enveloppe fermée : le même montant (petit à petit désindexé ou diminué) est alloué chaque année quelle que soit la variation des étudiants. Les établissements doivent donc faire sans cesse plus avec moins d’argent. Et donc, l’encadrement (profs, assistants) et les infrastructures (salles de cours et matériel) manquent de plus en plus.
  3. La troisième raison est particulière aux études vétérinaires : en master particulièrement, il faut pouvoir s’exercer sur des animaux, et il faut donc disposer d’assez d’animaux… Et depuis le déménagement de la clinique vétérinaire en 1991, leur nombre a chuté.

Pourquoi une sélection à l’entrée fait-elle débat ?

La sélection est, selon de nombreuses études académiques nationales et internationales, anti-sociale, inefficace et facteur de pénurie.

  1. Sélectionner à l’entrée est une mesure anti-sociale. Les sélections à l’entrée évaluent les compétences et connaissances acquises en secondaire. Or, l’enseignement secondaire belge francophone est l’un des plus inégalitaires de l’OCDE ; et la qualité de l’école seconde est très fort corrélée à l’origine sociale de ses élèves. Mettre en place une sélection à l’entrée, c’est donc barrer l’accès aux étudiants des écoles défavorisées, ceux qui viennent d’un milieu social défavorisé.
  2. Sélectionner à l’entrée est une mesure inefficace et anti-pédagogique. Comme on évalue les connaissances et compétences acquises dans le secondaire, on ne sait pas préjuger des aptitudes futures des étudiants, mais de leur seul niveau de préparation (qui dépend plus de l’école d’origine que de l’étudiant individuellement). De nombreux étudiants se verraient barrer l’accès à leur projet de vie, alors qu’ils auraient pourtant toutes les aptitudes leur permettant de réussir.
  3. Si une augmentation des étudiants conduit à rendre plus difficile l’accès au métier en Belgique, on a pu démontrer que sélectionner à l’entrée ne permettrait pas de distinguer les meilleurs des moins bons ; et surtout, attachés au libre accès aux études, nous voulons que chacun puisse démarrer son projet de vie, en connaissant les informations par rapport à ce projet (notamment le taux d’emploi) et en prenant de façon responsable et autonome des décisions face à ces informations. La planification des études, tentée en médecine humaine pour corréler le nombre d’étudiants à la demande en termes d’emploi, s’est avérée un cuisant échec et a abouti sur une grave pénurie de médecins mettant en danger la qualité des soins de santé.
  4. Si l’on reconnait l’existence d’un gros problème, les données sont bien trop floues pour pouvoir accepter d’office une sélection, et surtout, des alternatives existent que nous voulons développer.
  5. Enfin, l’argument du manque de places en Bachelier ne pourrait pas être avancé pour justifier une sélection à l’entame des bacheliers. En effet, le rapport de l’Association des établissements d’enseignement supérieur de 2009 constatait que: “establishments [UCL, ULB, FUNDP et ULG] seem not to encounter specific problems concerning the goals of the veterinary curriculum, organisation and funding” et que “Facilities for 1 st cycle teaching at all four places can generally be considered as acceptable to good“. Il serait donc de surcroît injuste, à lire ce rapport, de limiter l’accès à des étudiants au 1er cycle, alors que la formation actuelle est considérée comme bonne.

L’agrément de l’Association des établissements d’enseignement en vétérinaire n’est-il pas indispensable pour la validité de nos diplômes ? Qu’est-ce que exactement cette Association ? Quel rôle joue-t-elle dans la délivrance de nos diplôme ?

L'AEEEV est une structure associative privée (qui ne dispose d’aucune reconnaissance publique) qui va agrémenter les établissements d'enseignement sur base du volontariat, dans l’idée de créer une “Union européenne des vétérinaires”.

Dans le cadre du processus de Bologne, une réglementation européenne, la directive 2005/36/CE, a été adoptée pour organiser la reconnaissance des qualifications professionnelles au sein de l’Union. Ainsi, pour qu’un diplôme de médecine vétérinaire délivré en Belgique puisse être valablement reconnu à l’étranger, il doit avoir été délivré au terme d’une formation respectant des critères minimaux prévus dans la directive et ses annexes.

 

L’AEEEV reste un organisme privé, c’est à dire que malgré le fait qu'elle puisse attribuer des certificats de qualité, elle n'est donc pas indispensable pour la validité des diplômes.

Pourquoi ne pas instaurer un concours en fin de première alors ? ou en fin de troisième?

Cette forme de sélection est une des pires qui soit ! Il s’agit d’un examen dont la réussite autorise l’accès aux études à un nombre limité d’étudiants prédéfini par les autorités. Cette modalité générerait un esprit de compétition et une concurrence malsaine (en médecine jusqu’en 2008, ce type de système existait et on constatait des pratiques déloyales, comme des étudiants qui partageaient des notes de cours comportant des fautes ajoutées intentionnellement pour faire baisser le niveau général…) qui ne forme pas les futurs vétérinaires à la déontologie et à la confraternité, pourtant des fondements de la profession.

De manière générale, et comme le résume la faculté de médecine vétérinaire de Namur, “à l’heure où le paysage universitaire veut se renouveler pour favoriser l’individualisation et la flexibilité des parcours des étudiants, cette mesure rigide de sélection devient anachronique.”

Peut-on accéder à l’emploi même sans accréditation de la formation par l’AEEEV ?

Oui. L’accréditation des formations est liée à la Communauté française.

L’exercice de la profession en dehors du territoire belge, quant à lui, est lié au processus de Bologne, donc à la directive 2005/36/CE qui organise la reconnaissance des diplômes dans l’UE. La directive en question ne prévoit pas d'exception pour les vétérinaires, au contraire, elle prévoit une reconnaissance automatique des titres de formation en ce qui concerne la médecine vétérinaire qui se fait sur base de conditions minimales de formation inscrites dans la directive.

Dès lors, à priori, l'accréditation n'a pas de valeur juridique en soi, de sorte qu'une université qui respecterait la directive 2005/36/CE, alors même qu'elle n'est pas agréée par l’AEEEV, peut délivrer des diplômes parfaitement valables dans l'UE.