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Lettre ouverte au conseil rectoral

 

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Contexte :

Depuis 2008, l'UCL s'est dotée d'un système électif permettant à chaque membre (étudiant, scientifique, académique, et administratif et technique) de voter pour choisir son recteur. L'UCL a abondamment communiqué sur le sujet se présentant comme la première université de Communauté française à élire son recteur au « suffrage universel pondéré ». Tout le problème réside dans ce dernier mot (pondéré). Les académiques (les professeurs) voulant garder la mainmise sur le processus d'élection se sont réservés la plus grande part du poids électoral : ainsi leur voix compte pour 61 % du poids total. Les autres autres composantes de l'université (les scientifiques, le personnel administratif et technique et les étudiants), représentant 13 % chacune.

Quatre ans plus tard, le système aurait pu se démocratiser en allant vers une répartition plus équitable des poids électoraux. Il n'en est rien, la commission de révision du règlement électorale s’apprête à imposer aux étudiants (et aux autres corps) un taux de participation qui, s'il n'est pas atteint, ferait baisser (encore) leur poids électoral.

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Louvain-la-Neuve, le 18juin 2013

 

Chers membres du Conseil rectoral,

 

Comme vous vous en souvenez sûrement, en 2008, le choix des modalités concernant le système d'élection du recteur n'avait pas été facile. Du côté étudiant,nos attentes de départ avaient dû se confronter à la réalité des attentes d'autres acteurs, notamment du corps académique, nous obligeant ainsi à beaucoup de concessions. Citons ainsi la plus emblématique : les 20 % de participation qui servaient depuis 2003 d'étalon sur lequel s’alignait toujours le poids de la représentation étudiante avaient dû être abandonnés. Le compromis final ne nous a jamais paru équilibré. Mais comme tout compromis, il ne satisfait vraiment personne entièrement. Dès lors,il ne nous parait pas illogique de tenter de modifier certains éléments pour en améliorer la teneur finale.

 

Toutefois, cela ne peut se faire à sens unique, comme cela semble être le cas pour l'instant.Si le corps académique veut s'attaquer à ce qui lui semble être un privilège injuste des autres corps et des étudiants, à savoir l'absence de réel taux de participation minimum pour ceux-ci, alors nous entendons faire de même. En effet, le poids réservé aux académique dans cette élection continue à nous paraitre complètement disproportionné : 18 % des employés et 2,5 %de la totalité des membres de notre université détiennent 61 %du poids dans l'élection du recteur. Comment justifier un tel écart entre les académiques et les autres ? Comme le disaient Axel Gosseries et Hervé Pourtois, tous deux professeurs à l’UCL : « Arguer d’une plus grande compétence du premier constituerait au mieux un retour problématique à un suffrage capacitaire. Est-ce alors parce que les professeurs sont affectés bien plus longtemps par les décisions de l’université que leurs étudiants ? C’est oublier que les professeurs voteront bien plus longtemps que leurs étudiants »1.

 

Si le nouveau système avait été appliqué en 2009 au second tour, le poids accordé aux étudiants aurait été de 6,15 %. Trouvez-vous cela normal alors même qu'en valeur absolue nous étions le corps électoral ayant le plus voté ? En plus d'un système scandaleusement inégalitaire (le corps le moins nombreux se réserve 61 % du poids électoral), des modalités sont ajoutées pour renforcer encore ce déséquilibre intolérable.

 

À l'analyse, notre participation au sein de la commission de révision du règlement de l'élection du recteur est restée vaine, nos propositions de modification et d'amendement ainsi que notre première lettre sont restées sans réponse, et la version des règlements transmise au Conseil rectoral ne mentionne même pas les raisons du désaccord étudiant... et n'abordons même pas le timing de travail de cette commission dont les réunions se sont concentrés entre fin mai et début juin, soit certainement la moins bonne des périodes lorsque l'on veut associer les étudiants. Commission dans laquelle nous n'avions d'ailleurs qu'un seul représentant là où le corps académique en comptait trois. Dès lors, il nous semble que rien dans ce processus ne reflète une véritable envie de démocratie dans l'université. Le suffrage 'universel' semble être davantage un nouvel argument marketing de l'UCL. Car dans les faits, la voix et le vote étudiant ne servent strictement à rien :leur parole n'est pas écoutée, leurs voix sont diluées et contractées au minimum.

 

Ainsi, les mots écrits dans une carte blanche en 2008 par des chercheurs de l'UCL résonnent avec une étrange actualité : « ...il y va de la place de l’étudiant dans l’université :étudiants-consommateurs ou étudiants-citoyens ? Si des voix s’élèvent aujourd’hui dans le monde académique pour inciter les étudiants à être des « acteurs responsables » de leur formation, il faut, au-delà des discours, leur en donner les moyens. Réduire leur importance dans l’élection du recteur, c’est minorer leur rôle de citoyen. C’est revenir à une conception paternaliste assimilant l’étudiant à une sorte de mineur prolongé incapable de s’exprimer valablement sur les questions qui le concerne. C’est manquer de cohérence avec les belles déclarations que l’on nous sert régulièrement sur l’étudiant-acteur,l’étudiant-responsable »2.

 

Aussi nous demandons le retrait de ce nouveau système qui, pour nous, nuirait à la démocratie au sein de notre université, de même qu'une réelle attention à l'avis que nous émettons ici.

Cordialement,

 

François Braghini et Corentin Lahouste,

Co-présidents AGL.

 

1 Gosseries Axel et Pourtois Hervé, « Université démocratique : qui doit choisir un recteur ? », dans Le Soir du 27 février 2009, p. 14.

2 ISAAC Tanguy, PANIER Frédéric, PITSEYS John, PLANCHE Stéphanie, ROMAINVILLE Céline et SWARTENBROEKX Bernard, « Les étudiants de l’UCL ont légitimement voix au chapitre », dans Le Soir du 29 février 2008, p. 21.