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Rentrée académique : le discours des co-présidents

 

 Ce lundi 14 septembre 2015, nos coprésidents étaient présents lors de la rentrée académique pour affirmer l'ambition des utopies de l'AGL.

(Re)Découvrez ci-dessous leur discours, ou en vidéo via ce lien. Ce lundi 14 septembre 2015, nos coprésidents étaient présents lors de la rentrée académique pour affirmer l'ambition des utopies de l'AGL

Mesdames et Messieurs,

Chers étudiants, chères étudiantes,

Chers amis,

 

« Aujourd’hui j’aurais pu vous adresser le même message que celui que nous faisons depuis 10 ans, mais cela n’aurait servi à rien. En effet, nos attentes vis-à-vis de l’enseignement à l’Université sont restées les mêmes : nous désirons toujours vous proposer de construire, ensemble, une ‘‘Autre Université’’ ». Fin de citation.

 

C’est en ces termes que s’exprimait le président de l’AGL lors de la rentrée académique, il y a 16 ans.Depuis toujours, la question de l’idéal d’éducation trône au centre des préoccupations du mouvement étudiant. En cette année académique, une fois encore, nous souhaitons construire, ensemble, une Utopie audacieuse et inspirante. L'ouvrage éponyme de Thomas More a le mérite de proposer une société en dehors des carcans traditionnels. Son modèle, visionnaire ou candide selon les avis, nous permet de penser autrement, non seulement la vie sociale, économique et politique, mais aussi, l'enseignement.

 

Dans ce domaine, Thomas More, par sa description précise de l'étude et de l'apprentissage chez les Utopiens, semble nous inviter à rêver de nouvelles valeurs : la coopération plutôt que la compétition, le libre accès plutôt que la sélection, la gratuité plutôt que les droits d'inscription. Difficile de s'en inspirer dans un contexte international où la concurrence est perçue comme une fin en soi, l'austérité comme un principe constitutionnel, l'éducation comme un poidsbudgétaire, et non un investissement dans l'avenir.

 

Notre utopie ne concerne pas pour autant la seule université, mais bien notre société au sens le plus large ; l'enseignement supérieur n'étant qu'un moyen d'y parvenir. Personne ne peut décrire le Monde tel qu'il sera dans 20, 50 ou 100 ans. Mais nous savons qu'au moment de fonder une utopie, nous n'aurons pas besoin de simples diplômés, mais bien d'hommes et de femmes formés et dotés d'un esprit critique et citoyen. Critique, d'une part, pour permettre de penser la société en questionnant ses fondements, en sortant du cadre, en réfléchissant sur ses paradigmes structurels. Citoyen, d'autre part, pour que les connaissances et l'esprit analytique et interrogateur des universitaires soient mis véritablement au service de l'intérêt général, et non à celui de quelque intérêt personnel ou partisan.

 

En tant que lieu privilégié de production, de transmission et de transformation du savoir, l'Université occupe une place centrale dans la société. Son rôle est d'oser penser le monde contemporain et ses enjeux, réinterroger les modèles en vigueur et les critiquer de façon à permettre une mutation profonde des mentalités. Non contente de former des experts, elle doit donner à ces experts la capacité de jeter un regard critique sur les questions éthiques, sociales et politiques. Elle doit les rendre conscients des implications de leur activité dans la société, de leur responsabilité et du pouvoir qui est le leur. Trop souvent, on a vu l'Université former des banquiers, des techniciens, des bureaucrates, mais trop peu d'humanistes. Il est temps d'oser rêver plus grand, plus digne, plus juste.

 

La question que nous souhaitons, nous étudiants et étudiantes, vous adresser, à vous tous ici présents, est la suivante : « Pensez-vous que l’UCL incarne cet idéal ? ». Le cas échéant, il est surprenant de constater combien certains cours dispensés dans notre Université manquent de mise en perspectives, de questionnement des paradigmes, d’ouverture sur d’autres disciplines.

 

Dans le cas précis de l’enseignement des sciences économiques, rares sont encore les matières qui osent offrir une critique du modèle orthodoxe --- et ce, en dépit de la crise qui frappe notre économie depuis plus de 7 ans. Ce problème n’est pas neuf. Déjà en 1994, Frédéric Thiry, notre prédécesseur, rapportait à propos des études en gestion : “Notre formation nous apprend les règles d’un jeu en nous questionnant très peu sur ses finalités ; elle nous incite à considérer de simples notions économiques comme des vérités universelles”. Fin de citation.

 

Il est temps de favoriser une pensée critique, pluraliste et interdisciplinaire, il en va de la responsabilité sociétale de notre institution, comme le souligne le plan 2020. Mais au-delà des mots, il importe d’envisager des actions. Pourquoi rester cloisonné dans un seul et unique paradigme ? Engageons, par exemple, des professeurs d’économie qui proposent des approches alternatives. – Btw l’un d’entre eux vient d’arriver sur le marché de l’emploi –. Cette revendication, parmi d’autres, participe d’une contestation plus large, comme en témoignent l’I.S.I.P.E au niveau international et, plus localement, au cœur même de notre université, l’I.L.P.E, Initiative Louvaniste pour le Pluralisme en Économie.

 

Mais n’oublions pas que ce problème est un problème global. Il existe encore de nombreuses filières où la remise en question et la pensée critique peinent à s'imposer dans les auditoires. Un ingénieur peut sortir avec la plus grande distinction de son cursus universitaire et n'avoir jamais été confronté aux problématiques éthiques liées aux sciences et aux techniques, aux enjeux des marchés de l'énergie ou aux questions du développement durable. Les formations gagneraient à prendre la multi-disciplinarité comme pierre de touche d'un enseignement novateur et réellement détenteur de l'excellence. L’esprit critique et citoyen ne peut se satisfaire d'être le corrélat d'un cours existant, ni se cantonner aux remarques liminaires d'un enseignement déjà constitué. Dans le monde d'aujourd'hui, il faut savoir fixer les priorités. En fin de comptes, il en va du bien-fondé de la formation de notre université.

 

S’il est un espoir qui nous tient à cœur, c’est que nos successeurs n’aient pas à répéter ce même discours, mais que notre Utopie investisse si bien le cadre universitaire qu’il leur soit permis d’en rêver de nouvelles. Qu’il leur soit permis, à leur tour, de défendre des valeurs sociales, environnementales, démocratiques.

 

Merci beaucoup pour votre attention !