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Rentrée académique : le discours des co-présidents

 

 Ce lundi 14 septembre 2015, nos coprésidents étaient présents lors de la rentrée académique pour affirmer l'ambition des utopies de l'AGL.

(Re)Découvrez ci-dessous leur discours, ou en vidéo via ce lien. Ce lundi 14 septembre 2015, nos coprésidents étaient présents lors de la rentrée académique pour affirmer l'ambition des utopies de l'AGL

Mesdames et Messieurs,

Chers étudiants, chères étudiantes,

Chers amis,

 

« Aujourd’hui j’aurais pu vous adresser le même message que celui que nous faisons depuis 10 ans, mais cela n’aurait servi à rien. En effet, nos attentes vis-à-vis de l’enseignement à l’Université sont restées les mêmes : nous désirons toujours vous proposer de construire, ensemble, une ‘‘Autre Université’’ ». Fin de citation.

 

C’est en ces termes que s’exprimait le président de l’AGL lors de la rentrée académique, il y a 16 ans.Depuis toujours, la question de l’idéal d’éducation trône au centre des préoccupations du mouvement étudiant. En cette année académique, une fois encore, nous souhaitons construire, ensemble, une Utopie audacieuse et inspirante. L'ouvrage éponyme de Thomas More a le mérite de proposer une société en dehors des carcans traditionnels. Son modèle, visionnaire ou candide selon les avis, nous permet de penser autrement, non seulement la vie sociale, économique et politique, mais aussi, l'enseignement.

 

Dans ce domaine, Thomas More, par sa description précise de l'étude et de l'apprentissage chez les Utopiens, semble nous inviter à rêver de nouvelles valeurs : la coopération plutôt que la compétition, le libre accès plutôt que la sélection, la gratuité plutôt que les droits d'inscription. Difficile de s'en inspirer dans un contexte international où la concurrence est perçue comme une fin en soi, l'austérité comme un principe constitutionnel, l'éducation comme un poidsbudgétaire, et non un investissement dans l'avenir.

 

Notre utopie ne concerne pas pour autant la seule université, mais bien notre société au sens le plus large ; l'enseignement supérieur n'étant qu'un moyen d'y parvenir. Personne ne peut décrire le Monde tel qu'il sera dans 20, 50 ou 100 ans. Mais nous savons qu'au moment de fonder une utopie, nous n'aurons pas besoin de simples diplômés, mais bien d'hommes et de femmes formés et dotés d'un esprit critique et citoyen. Critique, d'une part, pour permettre de penser la société en questionnant ses fondements, en sortant du cadre, en réfléchissant sur ses paradigmes structurels. Citoyen, d'autre part, pour que les connaissances et l'esprit analytique et interrogateur des universitaires soient mis véritablement au service de l'intérêt général, et non à celui de quelque intérêt personnel ou partisan.

 

En tant que lieu privilégié de production, de transmission et de transformation du savoir, l'Université occupe une place centrale dans la société. Son rôle est d'oser penser le monde contemporain et ses enjeux, réinterroger les modèles en vigueur et les critiquer de façon à permettre une mutation profonde des mentalités. Non contente de former des experts, elle doit donner à ces experts la capacité de jeter un regard critique sur les questions éthiques, sociales et politiques. Elle doit les rendre conscients des implications de leur activité dans la société, de leur responsabilité et du pouvoir qui est le leur. Trop souvent, on a vu l'Université former des banquiers, des techniciens, des bureaucrates, mais trop peu d'humanistes. Il est temps d'oser rêver plus grand, plus digne, plus juste.

 

La question que nous souhaitons, nous étudiants et étudiantes, vous adresser, à vous tous ici présents, est la suivante : « Pensez-vous que l’UCL incarne cet idéal ? ». Le cas échéant, il est surprenant de constater combien certains cours dispensés dans notre Université manquent de mise en perspectives, de questionnement des paradigmes, d’ouverture sur d’autres disciplines.

 

Dans le cas précis de l’enseignement des sciences économiques, rares sont encore les matières qui osent offrir une critique du modèle orthodoxe --- et ce, en dépit de la crise qui frappe notre économie depuis plus de 7 ans. Ce problème n’est pas neuf. Déjà en 1994, Frédéric Thiry, notre prédécesseur, rapportait à propos des études en gestion : “Notre formation nous apprend les règles d’un jeu en nous questionnant très peu sur ses finalités ; elle nous incite à considérer de simples notions économiques comme des vérités universelles”. Fin de citation.

 

Il est temps de favoriser une pensée critique, pluraliste et interdisciplinaire, il en va de la responsabilité sociétale de notre institution, comme le souligne le plan 2020. Mais au-delà des mots, il importe d’envisager des actions. Pourquoi rester cloisonné dans un seul et unique paradigme ? Engageons, par exemple, des professeurs d’économie qui proposent des approches alternatives. – Btw l’un d’entre eux vient d’arriver sur le marché de l’emploi –. Cette revendication, parmi d’autres, participe d’une contestation plus large, comme en témoignent l’I.S.I.P.E au niveau international et, plus localement, au cœur même de notre université, l’I.L.P.E, Initiative Louvaniste pour le Pluralisme en Économie.

 

Mais n’oublions pas que ce problème est un problème global. Il existe encore de nombreuses filières où la remise en question et la pensée critique peinent à s'imposer dans les auditoires. Un ingénieur peut sortir avec la plus grande distinction de son cursus universitaire et n'avoir jamais été confronté aux problématiques éthiques liées aux sciences et aux techniques, aux enjeux des marchés de l'énergie ou aux questions du développement durable. Les formations gagneraient à prendre la multi-disciplinarité comme pierre de touche d'un enseignement novateur et réellement détenteur de l'excellence. L’esprit critique et citoyen ne peut se satisfaire d'être le corrélat d'un cours existant, ni se cantonner aux remarques liminaires d'un enseignement déjà constitué. Dans le monde d'aujourd'hui, il faut savoir fixer les priorités. En fin de comptes, il en va du bien-fondé de la formation de notre université.

 

S’il est un espoir qui nous tient à cœur, c’est que nos successeurs n’aient pas à répéter ce même discours, mais que notre Utopie investisse si bien le cadre universitaire qu’il leur soit permis d’en rêver de nouvelles. Qu’il leur soit permis, à leur tour, de défendre des valeurs sociales, environnementales, démocratiques.

 

Merci beaucoup pour votre attention !

 

Concours en médecine et en dentisterie en fin de BAC1 : les attestations sont tombées !

Voici les quotas d'étudiants en médecine pour le concours en fin de BAC1 de l'année prochaine établis sans prendre en compte le lissage négatif (qui consiste à diminuer les quotas pour "rembourser" les quotas surnuméraires accordés par le passé, par rapport à ce qui était légalement prévu). A l’U.C.L., seulement 164 étudiants en médecine et 34 en dentaire auront la possibilité d’accéder à la deuxième année. Comparé aux cohortes actuelles, c’est donc plus d’1 étudiant sur 5 qui ne pourra pas poursuivre ses études !

    L'AGL s'oppose depuis le début à ce concours tout comme au numerus clausus fédéral appliqué depuis 1997. Comme pour une vingtaine d'anciens présidents de la Fédération des étudiants Francophones (F.E.F.) qui, en mai, signaient une carte blanche publiée dans Le Soir, nous estimons que le problème se situe avant tout à la sortie, et qu’une réelle réflexion doit avoir lieu rapidement pour assurer une politique de santé publique efficace, et non une politique de court terme basée sur des intérêts politiques et des pressions corporatistes. Retirer les oeillères qui bornent cette vision politicienne est une urgence.  Dans une optique de recherche constructive de solutions, l’AGL a voté en juin une note expliquant une autre vision de la planification, tenant compte des besoins réels de la société (ce qui n’est pas le cas actuellement).

 

Ce concours s’inscrit dans une succession d’autres mesures (test d’orientation en BAC1 et session de janvier avec une éventuelle obligation d’allègement en cas d’échec) dont on peut sérieusement s’interroger sur l’exacte raison de leur existence. La triple sélection qu’elles instaurent sont des facteurs de stress et de fait, d’échec au cours de cette première année universitaire, en plus de la charge occasionnée par la réduction des études de médecine en 6 ans.

 

Ces fardeaux sont d’autant plus inacceptables qu’ils constituent des barrières sociales importantes : les différences de niveau entre établissements d’enseignement secondaire impactent, comme l’ont développé de nombreuses études, la réussite aux épreuves de janvier (qui  décident notamment de l’allègement ). De plus, s’ajoutent à ces différences accumulées pendant les 6 ans d’humanités, les difficultés dans le suivi des études : manque d’accès à des livres de référence dont les prix sont exorbitants, prix prohibitifs des cours particuliers etc. Comme c’est le cas en France, qui connaît également un concours en fin de première, nous craignons que cela provoque l'apparition de réseaux parallèles de cours et le passage quasi obligatoire par des écoles préparatoires, dont le coût non négligeable sera subi par les étudiants.

 

Au delà des inégalités sociales, ce concours instaurera un esprit malsain de compétition dans les auditoires : il y a plus de 1000 étudiants en médecine et médecine dentaire pour seulement, respectivement, 164 et 34 attestations. Par le passé, nous avons déjà constaté le recours à des pratiques déloyales, comme ces synthèses remplies délibérément d’erreur qui ont circulé. Ce climat de concurrence délétère n’est en rien propice à l’apprentissage de la déontologie et de la confraternité.

 

Rappelons enfin que ce concours s’inscrit dans un contexte avéré de pénurie ! Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont des étudiants qui ont les capacités de réussir qu’on fera échouer par une sélection injuste alors que dans le même temps, un manque alarmant de praticiens a été confirmé par les chiffres du cadastre actualisé, auquel s’ajoute un besoin croissant de soins médicaux dans notre pays, compte tenu du vieillissement de la population.

 

Jusqu’à quand cette histoire inqualifiable attaquera la pérennité de la qualité de notre système de soins de santé ? A l’heure où les numéros INAMI nécessaires pour les futures cohortes ne sont toujours pas débloqués par le fédéral, plane sur ce concours mis en place par le ministre Marcourt les mêmes craintes et situations injustes qui ont conduit, en 2008, a sa remise en cause devant les tribunaux. Combien de vocations brisées ? Combien de carrières prometteuses sabordées ? Que faudra-t-il encore que les étudiants supportent avant de remettre en cause un système non viable ? Nul ne le sait, seul l’avenir nous dira ce qu’il restera de notre passé.

 

En tous les cas, l'AGL continuera jusqu’au bout à défendre les étudiants en cours d’étude et leurs intérêts, ainsi qu'une vision démocratique et juste de l'enseignement supérieur et des soins de santé.

 

L’Assemblée Générale des étudiants de Louvain

L’Assemblée Générale des étudiants de Woluwe

Newsletter du 09/09/15 : la problématique des délibérations de septembre 2015

Décret Marcourt, crédits validés, ajournement...
Tu n'y comprends plus rien ? Cette newsletter du 09 septembre 2015 est faite pour toi : elle contient probablement les réponses aux questions que tu te poses encore !

Je suis ajourné, qu’est-ce que cela implique ?

Le terme « ajourné » est propre au décret Bologne et n’est plus pertinent dans le cadre du décret Paysage (aussi appelé « décret Marcourt »). Il en résulte certaines confusions.

En effet, dès l’année académique 2015-2016, le concept "d'années" disparait. On parle désormais de cycle : généralement, le premier cycle est composé de 180 crédits, le deuxième cycle est composé de 120 crédits. Lors des prochaines proclamations, on ne parlera donc plus de réussite ou d'échec d'année, on proclamera simplement le nombre de crédits validés par chaque étudiant.

Cette année, seuls les étudiants qui ont validé l'ensemble des crédits de leur programme annuel ont été proclamés comme ayant "réussi". Pour ceux qui ont été ajournés, étant donné que les années n'existent plus, cela ne signifie pas qu'ils doivent recommencer leur année. Cela signifie simplement qu'ils n'ont pas acquis l'ensemble des crédits qui composent leur programme annuel.

 

Je n’ai pas validé l’ensemble des crédits de mon année, qu’est-ce que cela implique ?

Tout dépend de l'année dans laquelle tu te trouvais lors de la session de septembre :

BAC 1

Tu as validé 45 crédits ou plus : Tu es « admis à poursuivre ». Cela signifie que tu as le droit de t’inscrire aux crédits qui constituent la suite de ton programme tout en représentant les cours auxquels tu as échoué cette année.

Tu as validé entre 30 et 45 crédits : Tu restes en BAC1, mais tu peux demander l’autorisation au jury d’anticiper certains cours de la suite du programme.

Tu as validé moins de 30 crédits : Tu dois représenter l’ensemble des crédits de BAC1 que tu n’as pas acquis sans pouvoir t’inscrire aux cours de la suite du programme.

BAC 2

Peu importe le nombre de crédits acquis, tu peux t’inscrire aux cours de la suite du programme tout en représentant les cours auxquels tu as échoué cette année.

BAC 3

Tu as raté 15 crédits ou moins : Tu as le droit de t’inscrire au deuxième cycle tout en représentant les cours auxquels tu as échoué cette année. Tu devras payer des frais d’inscription supplémentaires de 247€.

Tu as raté plus de 15 crédits mais acquis 150 crédits : Tu peux demander l’autorisation d’anticiper certains cours du deuxième cycle. Tu devras payer des frais d’inscription supplémentaires par cours.

MASTER 1

Peu importe le nombre de crédits acquis, tu peux t’inscrire aux cours de la suite du programme tout en représentant les cours auxquels tu as échoué cette année.

 

Quelques remarques générales...

Dans l’ensemble des cas prévus ci-dessus :

  • Une année doit comporter au minimum 60 crédits (sauf exceptions) et ne peut être composée que de maximum 75 crédits (sauf exceptions).
  • Certains cours sont des pré-requis. Tant qu'ils ne sont pas réussis, tu ne peux pas t'inscrire à d'autres cours (ex: tu ne peux pas t'inscrire au cours de "math avancé"' tant que tu n'as pas réussi le cours de "introduction aux maths").
  • Le jury restreint pourrait considérer que ton année est trop chargée et refuser ton inscription à certains cours.

Mais attention, dans tous les cas, pour pouvoir s’inscrire, il faut être finançable. Un étudiant qui a raté plusieurs années et n’a pas acquis assez de crédits peut être considéré comme non finançable et voir son inscription refusée. Tu as été ajourné plusieurs fois et tu te demandes si tu es finançable ? Suis la procédure classique d’inscription et attend la décision du service des inscriptions.

Ton inscription a été refusée ? Plusieurs recours sont envisageables. Tu dois d’abord introduire une demande de dérogation auprès de ta faculté.

À l’attention des étudiants en médecine : en cas de refus de votre inscription par le service des inscriptions, vous pouvez introduire une demande de dérogation auprès de votre faculté même au-delà du 11 septembre.

La sélection en médecine vétérinaire : Foire aux questions

Avant-propos

Ce document est un outil pédagogique rédigé par l’Assemblée Générale des Etudiants de Louvain (AGL) et destiné aux étudiants de Bachelier des quatre universités offrant une formation en médecine vétérinaire. Il vise à permettre aux étudiants de comprendre les tenants et aboutissants factuels du dossier, ainsi que les solutions que la Fédération des Etudiants Francophones (FEF), en concertation avec l’AGL (UCL), l’AGE (Unamur) et le BEA (ULB) proposent. L’ensemble des réponses ci-dessous se basent sur une série de documents, institutionnels ou autres.

Pour toutes propositions de modification/correction sur les faits, il vous est proposé d’envoyer un Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. erratum en n’omettant pas de préciser vos sources. Cela nous permettra de les intégrer dans la FAQ, afin d’en accroitre sa qualité.

Ce document est également disponible en version pdf via ce lien.

Merci et bonne lecture !

Introduction et contexte

Pour obtenir le titre professionnel de Docteur en médecine vétérinaire, les étudiants doivent accomplir un parcours de formation d’une durée de six ans :

  • Trois années de programme de bachelier menant à l’obtention du titre de Bachelier en médecine vétérinaire.
  • Trois années de programme de master menant à l’obtention du titre de Master en médecine vétérinaire.

Si quatre universités francophones (ULB, UNamur, UCL, ULg) organisent un baccalauréat en médecine vétérinaire, seule l’ULg dispose des infrastructures nécessaires pour former les médecins vétérinaires en master. Pour achever la formation des VETE, il faut leur permettre de s’exercer dans une clinique vétérinaire universitaire (CVU).

Depuis un certain nombre d’années, la faculté de médecine vétérinaire (FMV) de Liège sort dans la presse pour témoigner d’un réel problème d’encadrement et d’infrastructures, et proposer une sélection pour la régler. Prenant acte de la situation alarmante, les autorités politiques, en concertation avec la FMV, ont décidé de débloquer 24 millions d’euros (18 millions d’euros d’argent public à quoi s’ajoutent 6 millions d’euros financés par le budget ordinaire de l’ULg) afin d’agrandir et rénover la clinique universitaire vétérinaire et ainsi répondre aux exigences de qualité de l’Association des établissements d’enseignement en vétérinaire (AEEEV).

Malgré le budget conséquent dégagé, les doyens et présidents d’école de médecine vétérinaire ont tenté ces dernières semaines de s’engouffrer dans la brèche ouverte par les négociations relatives à la mise en place d’un concours en fin de BAC1 en médecine et dentisterie (la saga des INAMI, un dossier complètement différent, puisqu’il n’y a pas de quotas INAMI en VT) pour demander un concours également en vétérinaires et de sucroît, sans consultation des étudiants ni des organes universitaires habilités à prendre ces positions.

Face à cela, les représentants étudiants se sont penchés sur le dossier, et dès la sortie des doyens dans la presse, ont réagi dans le sens inverse : ils ont mis en marche la démocratie étudiante et organisé des assemblées générales pour consulter les premiers concernés, les informer et leur permettre de se positionner. Ainsi les Assemblées Générales du 29 avril 2015 à l’UCL, du 30 avril 2015 à l’UNamur et la concertation étudiante organisée à l’ULB, se sont conclues par la même position : les étudiants de VETE des trois universités refusent massivement toute forme de sélection à l’entrée et demandent un refinancement de l’enseignement supérieur.

Le ministre Marcourt a quant à lui déclaré qu’il n’entrait pas dans ses intentions “d’instaurer un filtre à partir de la rentrée prochaine, mais [qu’il] envisag[eait] de rencontrer tous les acteurs et d’examiner avec eux la manière de garantir la qualité de la formation des médecins vétérinaires”.

La problématique en questions

Que réclament les doyens et pourquoi ?

Ceux-ci réclament la mise en place d’une double sélection drastique :

  • Un concours en fin de BAC1 (ou en fin de BAC3, ou en début de BAC1) qui barrerait l’accès à la suite de leurs études à ⅔ des étudiants.
  • Un renforcement du quota d’étudiants non résidents (passer de 30 à 20% d’étudiants à l’entrée de VETE).

Les raisons sont multiples :

  1. La première raison, c’est que l’ULg est liée à un organisme privé européen, l’AEEEV (Association des établissements d’enseignement en vétérinaire). Cet organisme délivre des certificats de qualité aux différentes facultés organisant la médecine vétérinaire dans l’Union européenne, sur base de ratios (du genre : combien d’assistants par étudiants). L’ULg craint de perdre ce certificat de qualité.
  2. La seconde raison est liée à un problème plus large de définancement structurel de l’enseignement supérieur. Depuis 1996, l’enseignement supérieur est financé par une enveloppe fermée : le même montant (petit à petit désindexé ou diminué) est alloué chaque année quelle que soit la variation des étudiants. Les établissements doivent donc faire sans cesse plus avec moins d’argent. Et donc, l’encadrement (profs, assistants) et les infrastructures (salles de cours et matériel) manquent de plus en plus.
  3. La troisième raison est particulière aux études vétérinaires : en master particulièrement, il faut pouvoir s’exercer sur des animaux, et il faut donc disposer d’assez d’animaux… Et depuis le déménagement de la clinique vétérinaire en 1991, leur nombre a chuté.

Pourquoi une sélection à l’entrée fait-elle débat ?

La sélection est, selon de nombreuses études académiques nationales et internationales, anti-sociale, inefficace et facteur de pénurie.

  1. Sélectionner à l’entrée est une mesure anti-sociale. Les sélections à l’entrée évaluent les compétences et connaissances acquises en secondaire. Or, l’enseignement secondaire belge francophone est l’un des plus inégalitaires de l’OCDE ; et la qualité de l’école seconde est très fort corrélée à l’origine sociale de ses élèves. Mettre en place une sélection à l’entrée, c’est donc barrer l’accès aux étudiants des écoles défavorisées, ceux qui viennent d’un milieu social défavorisé.
  2. Sélectionner à l’entrée est une mesure inefficace et anti-pédagogique. Comme on évalue les connaissances et compétences acquises dans le secondaire, on ne sait pas préjuger des aptitudes futures des étudiants, mais de leur seul niveau de préparation (qui dépend plus de l’école d’origine que de l’étudiant individuellement). De nombreux étudiants se verraient barrer l’accès à leur projet de vie, alors qu’ils auraient pourtant toutes les aptitudes leur permettant de réussir.
  3. Si une augmentation des étudiants conduit à rendre plus difficile l’accès au métier en Belgique, on a pu démontrer que sélectionner à l’entrée ne permettrait pas de distinguer les meilleurs des moins bons ; et surtout, attachés au libre accès aux études, nous voulons que chacun puisse démarrer son projet de vie, en connaissant les informations par rapport à ce projet (notamment le taux d’emploi) et en prenant de façon responsable et autonome des décisions face à ces informations. La planification des études, tentée en médecine humaine pour corréler le nombre d’étudiants à la demande en termes d’emploi, s’est avérée un cuisant échec et a abouti sur une grave pénurie de médecins mettant en danger la qualité des soins de santé.
  4. Si l’on reconnait l’existence d’un gros problème, les données sont bien trop floues pour pouvoir accepter d’office une sélection, et surtout, des alternatives existent que nous voulons développer.
  5. Enfin, l’argument du manque de places en Bachelier ne pourrait pas être avancé pour justifier une sélection à l’entame des bacheliers. En effet, le rapport de l’Association des établissements d’enseignement supérieur de 2009 constatait que: “establishments [UCL, ULB, FUNDP et ULG] seem not to encounter specific problems concerning the goals of the veterinary curriculum, organisation and funding” et que “Facilities for 1 st cycle teaching at all four places can generally be considered as acceptable to good“. Il serait donc de surcroît injuste, à lire ce rapport, de limiter l’accès à des étudiants au 1er cycle, alors que la formation actuelle est considérée comme bonne.

Pourquoi ne pas instaurer un concours en fin de première alors ? ou en fin de troisième?

Cette forme de sélection est une des pires qui soit ! Il s’agit d’un examen dont la réussite autorise l’accès aux études à un nombre limité d’étudiants prédéfini par les autorités. Cette modalité générerait un esprit de compétition et une concurrence malsaine (en médecine jusqu’en 2008, ce type de système existait et on constatait des pratiques déloyales, comme des étudiants qui partageaient des notes de cours comportant des fautes ajoutées intentionnellement pour faire baisser le niveau général…) qui ne forme pas les futurs vétérinaires à la déontologie et à la confraternité, pourtant des fondements de la profession.

De manière générale, et comme le résume la faculté de médecine vétérinaire de Namur, “à l’heure où le paysage universitaire veut se renouveler pour favoriser l’individualisation et la flexibilité des parcours des étudiants, cette mesure rigide de sélection devient anachronique.”

L’agrément de l’Association des établissements d’enseignement en vétérinaire n’est-il pas indispensable pour la validité de nos diplômes ? Qu’est-ce que exactement cette Association ? Quel rôle joue-t-elle dans la délivrance de nos diplôme ?

L'AEEEV est une structure associative privée (qui ne dispose d’aucune reconnaissance publique) qui va agrémenter les établissements d'enseignement sur base du volontariat, dans l’idée de créer une “Union européenne des vétérinaires”.

Dans le cadre du processus de Bologne, une réglementation européenne, la directive 2005/36/CE, a été adoptée pour organiser la reconnaissance des qualifications professionnelles au sein de l’Union. Ainsi, pour qu’un diplôme de médecine vétérinaire délivré en Belgique puisse être valablement reconnu à l’étranger, il doit avoir été délivré au terme d’une formation respectant des critères minimaux prévus dans la directive et ses annexes.

 

L’AEEEV reste un organisme privé, c’est à dire que malgré le fait qu'elle puisse attribuer des certificats de qualité, elle n'est donc pas indispensable pour la validité des diplômes.

Peut-on accéder à l’emploi même sans accréditation de la formation par l’AEEEV ?

Oui. L’accréditation des formations est liée à la Communauté française.

L’exercice de la profession en dehors du territoire belge, quant à lui, est lié au processus de Bologne, donc à la directive 2005/36/CE qui organise la reconnaissance des diplômes dans l’UE. La directive en question ne prévoit pas d'exception pour les vétérinaires, au contraire, elle prévoit une reconnaissance automatique des titres de formation en ce qui concerne la médecine vétérinaire qui se fait sur base de conditions minimales de formation inscrites dans la directive.

Dès lors, à priori, l'accréditation n'a pas de valeur juridique en soi, de sorte qu'une université qui respecterait la directive 2005/36/CE, alors même qu'elle n'est pas agréée par l’AEEEV, peut délivrer des diplômes parfaitement valables dans l'UE.

Ne risque-t-on pas d’avoir du mal dans l’évolution de notre carrière, dans notre mobilité à l’étranger, si notre formation est sous-évaluée par l’AEEEV ?

L’AEEEV délivre un agrément, un “label de qualité”, aux établissements de médecine vétérinaire qui respectent un certain nombre de critères édictés par cette association privée, qui sont différents de ceux de la directive européenne 2005/36/CE, en charge de la reconnaissance européenne des diplômes. Puisque l’AEEEV n’est pas un organisme officiel, sa décision de labelliser une université ou non n’a juridiquement aucun impact sur la validité du diplôme dans l'Union européenne et ne semble n’avoir pas d’impact dans la vie professionnelle d’un vétérinaire.

Au delà de ça, se pose la question de l’influence d’associations corporatives sur l’enseignement supérieur dans les Etats membres. Doit-on désormais craindre que l’organisation de notre enseignement et son financement déjà limité soient dictés par les exigences d’acteurs privés qui poursuivent leurs intérêts propres, au détriment de l’intérêt général d’une société qui gagne à ce qu’un maximum de ses membres soient instruits ?

La FMV invoque l’argument d’un nombre trop élevé d’étudiants pour justifier une sélection. Qu’en est-il de cette pléthore ?

Il est vrai qu’à l’heure actuelle existe un contingent d‘étudiants très important par rapport aux infrastructures et à l’encadrement disponibles. Néanmoins, que l’on ne se trompe pas de débat : le problème n’est pas qu’il y ait trop d’étudiants pour les infrastructures, le problème fondamental qui se pose à Liège est le le manque de moyens (infrastructures, encadrement, animaux) pour former ce grand nombre d’étudiants dans de bonnes conditions.

Par rapport à l’évolution du nombre d’étudiants, le Steering Committee interuniversitaire rassemblant l’ULg, l’UCL, l’ULB et l’UNamur avait posé le constat d’un “problème de l’augmentation régulière de l’effectif des étudiants menant à court terme à une qualité insuffisante de la formation”.

Ces conclusions sont pour le moins étonnantes. En effet, elles se basent sur une supposée “évolution régulière de l’effectif étudiant”. Cette évolution est modélisée par le Steering Committee dans son rapport sur base de deux hypothèses :

  • Un taux de réussite stable pour chaque année.
  • Une augmentation constante des étudiants en BAC1 de 8% par an (soit l’évolution observée entre 2007 et 2011).

C’est précisément cette deuxième hypothèse qui pose problème. Elle sous-entend en effet qu'il y aurait une tendance à une évolution exponentielle de la population étudiante, là où il semblerait plutôt que cette population ait tendance à se stabiliser, ou du moins à croître de moins en moins rapidement. Nous avons écrit un document détaillant ce point : il est disponible en cliquant ici.

En conclusion, ces estimations prédites par les doyens sont irréalistes. Il est difficile de fonder son argumentation sur une évolution exponentielle du nombre d’étudiants sans buter sur la réalité des chiffres et de l’évolution démographique, qui tendent au contraire vers une stabilisation.

Si un problème de moyens est criant, des solutions existent et peuvent être mises en place tout en préservant l'accessibilité de notre éducation. Par exemple, 24 millions d’euros seront débloqués pour construire une nouvelle clinique et un centre structurel interdisciplinaire de recherche (voir ci-dessous).

Quel impact ce nombre important d’étudiants a-t-il sur les débouchés ? Un surplus de vétérinaire n’entrainera-t-il pas une concurrence trop importante entre praticiens, une baisse des salaires, etc. ? La profession est-elle en pénurie ou en surnombre ?

Poser la question dans un contexte restreint à la Belgique a peu de sens : vu le principe européen de libre circulation des travailleurs, c’est à l’échelle de l’Union européenne qu’il faut se projeter, les flux de vétérinaires entre pays étant libres.

Déjà aujourd’hui, de nombreux vétérinaires formés en Belgique (re)partent exercer à l’étranger (étudiants originaires d’un autre pays de l’Union qui retournent dans leur pays, des Belges qui partent exercer ailleurs, …), se tournent vers la recherche ou d’autres métiers auxquels mène la formation en sciences vétérinaires (contrôle en abattoir, …). Par exemple, 39% (280 sur 725) des nouveaux inscrits à l’Ordre français des vétérinaires en 2013 étaient diplômés d’écoles non-françaises, dont 55% provenaient de Belgique (87 français et 68 belges formés en Belgique). Ce constat peut ressortir également en analysant la proportion de promus qui s’inscrivent à l’ordre des médecins vétérinaires francophones ou encore de la proportion de promus qui ouvrent un cabinet. En 2010, sur 515 promus, 191 ont ouvert leur cabinet en Belgique, beaucoup partant à l'étranger.

De surcroît, si l'on se restreint à l'activité professionnelle dans le seul cadre belge et tout en se rappelant qu'il n'existe pas de cadastre de l'activité vétérinaire en Belgique, aujourd’hui, un certain nombre d’études tendent à démontrer une pénurie de vétérinaires pratiquant en zone rurale et de professionnels spécialisés dans le gros bétail.

Cette pénurie des vétérinaires fait d’ailleurs l’objet de débats parlementaires. Suite à une question orale en commission Agriculture, le ministre wallon de l’agriculture s’était exprimé en déclarant : “vous avez raison sur le fait que le métier de vétérinaire [...] est en difficulté dans le monde rural”. “[A propos de l’organisation des études et de l’excès d’étudiants], on sait que l'engouement réside dans la médecine vétérinaire des animaux de compagnie et des chevaux et pas celle des animaux de rente. Il faut veiller à ce que les mesures prises n'entravent pas le recrutement et la formation des futurs praticiens ruraux".

N’est-ce pas important d’adapter le nombre d’étudiants au nombre de praticiens dont le pays a besoin ?

Derrière cette question, sa cache une certaine vision de notre enseignement. Quel type d’enseignement voulons-nous? Nous sommes convaincus que l’enseignement supérieur n’a pas pour but fondamental de former des jeunes à être directement employables et ainsi ne diplômer que le nombre exact de personnes dont la société aurait besoin. L’enseignement est fondamentalement un vecteur d’émancipation. Son but consiste avant tout à former de jeunes citoyens critiques et ouverts sur le monde, dotés des clés pour le comprendre dans ses crises et ses enjeux. Il doit nous permettre de comprendre la société actuelle, en nous donnant un bagage disciplinaire et interdisciplinaire, et nous donner la capacité d’agir collectivement pour la transformer. C’est l’essence même de la formation universitaire.

Imaginons cependant qu'on décide de restreindre le but de l'enseignement supérieur à uniquement notre formation à un emploi en fonction des besoins du marché. Est-ce pratiquement faisable? Non.

  • Dans un contexte de libre circulation européenne, ça n'aurait aucun sens de mettre en place des quotas limités à un pays.
  • Si la proposition était de coordonner ces quotas au niveau européen, ça aurait plus de sens, mais là, il y a une grosse contradiction qui risque de mener (si on mène la logique au bout) à de la discrimination entre le jeune étudiant en Belgique qui se sera vu barrer l'accès à la formation et donc à la profession ; et le jeune ayant fait ses études à l'étranger qui pourrait s'installer et exercer en Belgique en toute liberté.
  • Par ailleurs, les systèmes de planification centralisée connus (économiques pour l'époque soviétique comme aujourd'hui pour la médecine) sont imparfaits, n'arrivent pas à anticiper les évolutions et mènent à des approximations et des pénuries. La médecine l’a tenté depuis 1997 (numerus clausus et quotas INAMI), ce qui a conduit à une énorme pénurie de médecins qui met en danger l’avenir de la qualité et de l’accessibilité des soins de santé.
  • Planifier avec des quotas à l’entrée, c’est tenter d’imaginer 6 ans à l’avance les besoins de la société en vétérinaires. Chose très difficile, voire impossible.

En ces temps de crises, l’ensemble des services publics, dont l’enseignement, souffrent. La sélection n’est pas la seule option, il en existe d’autres et des meilleures car jamais, pour quelques motifs qu’elle soit invoquée, elle ne sera un moyen permettant d’atteindre cet idéal d’une université émancipatrice.

La réalité en médecine vétérinaire est véritablement critique. Par ailleurs, le principal facteur limitant est le nombre est la variété des cas cliniques. Que faire ?

C’est en effet la partie la plus difficile du problème. Il convient donc de le comprendre dans ses menus détails. La carence en certains animaux a été constaté dans le rapport (2009) de l’AEEEV qui établit des ratios spécifiques en deçà desquels la faculté doit intervenir.

L’AEEEV estime que de manière générale, “there is a good stock of animals”. Le rapport pointe néanmoins deux carences. Par rapport au nombre d’étudiants au cours de la dernière année complète de formation clinique, le nombre :

  • d’animaux de compagnie (canins, félins, …) disponibles pour la formation clinique serait insuffisant (en 2009, le ratio à la FMV était de 37.71 alors qu’il aurait du être de 54,61 minimum).
  • de lagomorphes (lapins, lièvres, …) disponibles est insuffisant (en 2009, le ratio à la FMV était de 0.52 alors qu’il aurait du être au minimum de 0.64).
  • Pour ce qui est des animaux de production (bovins, ovins, porcs, …), pour les volailles, équidés ou autres animaux, les ratios sont respectés et pour certains, largement.

Ceci, selon donc les standards de qualité de l’AEEEV qui reste un organisme privé.

Enfin, on remarque en analysant les tableaux (notamment entre 2005 et 2008) que, ces dernières années, le nombre de cas cliniques admis est en augmentation constante. Par exemple, le nombre d’équidés hospitalisés à la FMV est passé de 546 en 2005-2006 à 650 en 2007-2008. Le nombre de félins dont le diagnostic a été réalisé la FMV est lui passé de 1223 en 2005-2006 à 1943 en 2007-2008. Par contre, le nombre de canins a lui baissé d’une cinquantaine d’animaux entre 2005 et 2008, après avoir augmenté entre 2005 et 2007 de plus de 350 cas cliniques.

Si ce dernier exemple traduit une baisse effective du nombre de canins, il nous montre également qu’une année n’est pas l’autre et que l’évolution du nombre de cas cliniques dépend d’une quantité de facteurs, dont une partie sont maitrisables. La FMV avait tenté d’expliquer cette évolution croissante du nombre de cas cliniques par :

  • un service à la clientèle généralement bien perçu
  • développement d’un service d’urgence ouvert 24 h/24 et 365 jours/an dans les trois pôles
  • à des efforts importants consentis à la fois par les autorités facultaires et universitaires pour augmenter de manière significative le nombre de cliniciens encadrants.

Les pistes de solution permettant de résorber la carence en animaux de compagnie doivent être approfondies. Si l’idée de construction d’une nouvelle/seconde CVU est dans certains cartons, c’est un investissement de long terme conséquent. A plus court terme, l’on pourrait par exemple penser à des efforts réalisés afin de faciliter le déplacement des vétérinaires, afin de nouer des partenariats plus nombreux et plus larges pour aller traiter les animaux directement dans les établissements, notamment ceux dans les régions connaissant une pénurie de vétérinaire praticiens, etc. Par ailleurs, l’investissement des 24 millions d’euros permettra d’améliorer les conditions d’accueil de tous ces animaux et permettra de créer les infrastructures suffisantes pour les traiter.

Des solutions existent, autres que celle qui consiste à opérer aveuglément une sélection des étudiants. Sans vouloir verser dans l’extrême, que se passera-t-il le jour où, face à une épidémie ou à un nombre important de cas cliniques, la faculté, dans un contexte de pénurie de praticiens pour certains animaux, ne sera plus en mesure d’assurer un service suffisant? C’est tout un service public qui s’en trouverait menacé !

Les étudiants européens, et particulièrement les français, représentent un nombre important d’étudiants en faculté de médecine vétérinaire. Ceux-ci payent un minerval équivalent à celui des belges. Quel rôle les étudiants français jouent-ils dans ce dossi

Jusqu’en 2006, les étudiants français étaient surmajoritaires dans les auditoires VETE : il y avait 5 à 7% de VETE belges en fin de master… Cela créait un problème de santé publique. La Belgique a donc demandé et obtenu de l’UE une dérogation au principe de libre circulation. Depuis, un tirage au sort des étudiants non-résidents a lieu pour que maximum 30% des BAC1 soient des non-résidents.

La question de la population se double d’une question de financement : l’Etat français ne transfère pas d’argent vers la Belgique pour l’encadrement des étudiants français. Une solution pourrait être de demander la mise en place d’un mécanisme européen de financement solidaire entre Etats dans le cadre de Bologne.

Pourquoi ne pas diminuer le taux maximum de 30% d’étrangers à 10% par exemple ?

Pour pallier au problème du nombre élevé d’étudiants étrangers dans le secteur médical, la Communauté française a instauré, depuis 2006, des quotas aux inscriptions d’étudiants non-résidents. Le nombre de non-résidents qui s’inscrivent pour la première fois en sciences vétérinaires est ainsi limité à 30% du nombre total d’inscriptions de l’année précédente. En principe, cela est contraire à la liberté de circulation, dont nous jouissons tous grâce à la construction européenne. Néanmoins, la Commission européenne a temporairement accepté cette restriction, car elle serait justifiée par des raisons de santé publique. En effet, il s’agit d‘éviter une pénurie de professionnels qualifiés sur le territoire belge francophone menaçant ainsi notre système de soins de santé.

Diminuer de 30 à 20, voire même 10%, semble être une solution relativement peu probable sur le plan juridique. Une telle restriction du nombre d’étrangers ne résisterait peut-être pas au droit européen.

Quelle(s) solution(s) proposer alors à ce problème de médecine vétérinaire ?

  • Clarifier le rôle joué par l’AEEEV. L’information doit (re)passer clairement auprès des étudiants, des vétérinaires et des établissements employant des vétérinaires à l’échelle de l’UE : l’AEEEV peut fournir des indications concernant la qualité d’une formation, mais celles-ci ne sont pas indicatives de la qualité globale de la formation, ne s’attachant qu’à certains de ses aspects ; et surtout, elle n’est pas un organisme d’accréditation officielle, encore moins de reconnaissance européenne du diplôme.
  • Exiger un refinancement public de notre enseignement supérieur. Vu le contexte de crise de sous-financement de notre enseignement, en VETE comme ailleurs, les taux d’encadrement sont critiques. Un refinancement public de notre éducation est une priorité absolue pour les étudiants. Et il est possible. En effet, en 2014, suite à deux années de luttes des étudiants, le ministre Marcourt s’est engagé à refinancer graduellement l’enseignement à hauteur de 107,5 millions d’euros pour l’horizon 2019. Nous veillerons à ce que cette promesse soit respectée.
  • Régler la carence de cas cliniques. Concrètement, des solutions doivent être trouvées face à ce besoin en animaux, et l’éventuelle construction d’une autre CVU proche d’autres bassins ne se fera sans doute pas dans les 3 ans à venir. Fort heureusement, l’agrandissement de la CVU décidé en 2014 permettra aussi d’accueillir plus d’animaux, c’est une première piste. La seconde serait de nouer des partenariats plus nombreux et plus larges pour aller traiter les animaux directement dans les établissements ou encore d’analyser la législation idoine pour voir si il n’est pas possible de faciliter leur acheminement.
  • Améliorer l’information sur les études pour une meilleure orientation. Il est essentiel que l’étudiant ait accès à une information objective pour lui permettre en fonction de la qualité des études et des débouchés de prendre ses responsabilités et de décider son projet de vie en toute autonomie.

Si la Communauté française n’organise pas de sélection, les académiques la mettront-ils en place via les examens ?

La mise en place des conditions de réussite liées au décret paysage (réussite cours par cours et accréditation automatique des cours au dessus de 10/20) rend les tentatives de manipulation des résultats aux examens bien plus difficiles (on ne sait pas adapter les moyennes globales a posteriori pendant la délibération, puisque les crédits sont automatiquement validés au dessus des 10 ; alors qu’avant une marge entre 10 et 12 existait).

Si un professeur refuse de vous accorder la possibilité de repasser votre examen en juin ou août (pour les BAC1) ou en août (pour les années suivantes) ; ou s’il refuse de vous permettre d’anticiper des cours pour cause de “manque de place”, vous pouvez intenter un recours et vous le gagnerez sans doute !

Pourquoi ne pas transposer le mécanisme du numerus clausus applicable en médecine ?

Les études de médecine vétérinaire ne sont pas comparables à celles de médecine humaine, dans la mesure où ces dernières mènent à l’exercice d’une profession dont les prestations sont remboursées par la sécurité sociale (les fameux numéros Inami). En vété, ce n’est pas le cas.

Mais, admettons qu'on choisisse ce système de numerus clausus, donc de planification préalable (5 ou 6 ans à l'avance pour les VETE) de l'offre vétérinaire (deux choix très idéologiques). Dans une Union européenne dont le principe est la libre circulation des travailleurs et services, ça n'aurait aucun sens de mettre en place des quotas limités à un pays. Si la proposition était de coordonner ces quotas au niveau européen, ça aurait plus de sens, mais là, il y a une grosse contradiction qui risque de mener (si on mène la logique au bout) à de la discrimination entre le jeune étudiant en Belgique qui se sera vu barrer l'accès à la formation et donc à la profession ; et le jeune ayant fait ses études à l'étranger qui pourrait s'installer et exercer en Belgique en toute liberté.

Qu’est-ce qu’on peut faire, nous, étudiants de médecine vétérinaire ?

  • Ne pas perdre espoir, car il existe des solutions. En plus d’être réalistes, celles que nous prônons se veulent elles dans l’intérêt commun, pour assurer un enseignement de qualité pour tous.
  • Se tenir informer de l’évolution du dossier et réceptionner les informations de manière à en dégager le vrai du faux ou du non vérifiés.
  • S’impliquer en tenant informé votre entourage et/ou en vous engageant au sein de vos organes de représentation étudiante qui nous informent, nous organisent et nous défendent (UCL : AGL ; UNamur : AGE ; ULB : BEA - Sur l’ensemble de la Communauté française : FEF).

Le dossier commence seulement à se constituer, et déjà, ce qu’on présentait comme des problèmes sans alternatives sont déconstruits, et des débuts de solutions se créent. C’est en réfléchissant ensemble, de façon sereine et dans le respect de la démocratie étudiante, qu’une solution pourra être trouvée pour tous les étudiants.

Les 24 millions d’euro dégagés n’aideront-ils pas à résoudre le problème ?

Si, les 24 millions aideront à résoudre en partie le problème.

La FMV témoigne de l'urgence de sélectionner les étudiants pour éviter de perdre l'accréditation de l’AEEEV, au motif que la perte de l'accréditation empêcherait les diplômés d'exercer en dehors du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En effet, l’étude de l’AEEEV rendue en 2009 pointe deux principaux problèmes :

  • d’encadrement et d’infrastructures suffisantes pour accueillir un contingent d’étudiant aussi élevé (R1/R2).
  • de petits animaux et d’animaux de compagnie pour pouvoir assurer des séances de travail pratique (R16).

Parmi les solutions préconisées par l’AEEEV, figuraient notamment :

  • At the FVM, ULg, the CVU (veterinary teaching hospital) should become increasingly responsible in controlling its facilities and staff to ensure a better mutualisation and overall efficacy
  • Funds received from CFB for basic maintenance of the FVM buildings are insufficient. Entendez, ils doivent être augmentés.
  • Larger rooms for practicals with more instructors assisting in order to maintain group size could help solve the problem.
  • The FVM is encouraged to increase the companion animal load, e.g. by gaining a higher attractiveness due to providing a better clinical environment and by further improving clinical services.

Le rapport suggère ainsi un panel de solutions. Le problème d’encadrement (R1/R2) et le manque d’animaux de compagnie (R16) pourraient être résolus par un investissement conséquent.

Prenant acte de ces constats et des recommandations de l’AEEEV, la faculté de Liège et les autorités politiques de la Communauté Française se sont mises d’accord sur un budget extraordinaire de 24 millions d’euro (18 millions de la CF et 6 millions de l’ULg) débloqués à la faveur de la FMV, afin que cette dernière “atteigne les standards de qualité les plus élevés en termes d’infrastructures, d’équipements scientifiques et de biosécurité, ainsi que d’offrir aux étudiants les outils les plus adaptés à la qualité de leur formation.”

Concrètement, cet argent servira à construire la “nouvelle Clinique vétérinaire universitaire pour animaux de compagnie, qui sera mise en service en 2018. Le bâtiment de 5000 m2 sera construit à côté de l’actuelle clinique, reconfigurée en bureaux, salles de travaux pratiques pour étudiants et laboratoires. Dans un espace parfaitement agencé et sécurisé, il comprendra de nouvelles salles de consultations, d’examens complémentaires (endoscopie, ECG, récolte de sperme, urodynamique, hémodialyse,…), de préparation à la chirurgie, un bloc opératoire moderne, des zones d’hospitalisation en soins intensifs et pour animaux contagieux, une pharmacie centralisée, une salle de chimiothérapie, de physiothérapie,… ainsi qu’une bibliothèque et des salles pour étudiants et cliniciens (vestiaires, multimédia, locaux de repos,…).

Ainsi, l’investissement des 24 millions d’euro (R16) et un refinancement global de 107,5 millions (R1+R2) participeront à résoudre les problèmes.

Pourquoi le dossier éclate-t-il maintenant ? Quelle est son urgence ?

Ce problème existe en sourdine depuis quelques années. Il a été relancé ces dernières semaines suite au décret organisant un concours en médecine humaine et en dentisterie. Les doyens y ont vu une belle opportunité pour mettre la pression sur le ministre afin qu’il organise une sélection également en sciences vétérinaires. Ces derniers appellent à une mesure de filtre avant la rentrée académique prochaine.

Néanmoins, rien aujourd’hui ne prête le flanc à une urgence immodérée qui impliquerait la mise en place de mesures prises à la va-vite et au détriment de l’intérêt de tous. Le prochain rapport de l’AEEEV est prévu pour 2019, soit après la réalisation des travaux censés répondre aux recommandations de l’AEEEV. Si la situation requiert des solutions dans un terme plus au moins court, elles doivent être prises dans un mouvement large de concertation entre l’ensemble des protagonistes.

“Je pense quand même qu’il y a urgence et qu’il faut trouver une solution avant la rentrée. Le Ministre Marcourt doit nous écouter et écrire un décret avant septembre 2015 !”

Même si on voulait une sélection, même si c’était la seule solution, le cheminement normal d’un décret, même rédigé dans l’urgence, prend un certain temps.

Un décret est rédigé en cabinet, passe par la section de législation du conseil d’Etat, est discuté deux à trois fois en gouvernement, passe également par une concertation obligatoire avec les acteurs de la société civile concernés (notamment les étudiants dans ce cas-ci), il doit être débattu en commission puis en Parlement… Tout ça prend du temps, au moins un mois et demi. Or, en juillet-aout, ce sont les vacances parlementaires.

Donc, même si Marcourt démarrait son projet maintenant et mettait toute son équipe sur le coup, le fonctionnement démocratique ne permettrait pas que le décret soit prêt pour la rentrée.

Et puis, un décret qui serait adopté d'ici la rentrée aurait un impact sur le parcours d'études des étudiants qui se sont dores et déjà inscrits en BAC1 vétérinaire pour l'an prochain. Modifier les règles du jeu de leur parcours d'études alors qu'il est déjà entamé est une chose juridiquement discutable...

Heureusement, la situation de maintenant n’est pas sensiblement différente de celle qui aura lieu à la rentrée, il n’y a pas d’urgence fortement différente (l’AEEEV ne réévalue l’ULg qu’en 2019).

Nous pouvons donc étudier et réussir nos examens avant de nous repencher sur ce palpitant dossier. Bon courage et bonne session à tous ! ;-)

Interview de Diego, étudiant chilien

Diego Nicolas Urzúa Bravo

Étudiant chilien en Administration Publique (sciences politiques et administratives). Il a 23 ans, est né à Talca (ville à 250 km au Sud de Santiago) et est venu étudier à Santiago depuis cinq ans.

Peux-tu me décrire brièvement la situation de l'éducation au Chili ? Pourquoi est-ce qu'il existe un mouvement aussi fort ?

Diego : L'éducation au Chili est une des plus chères de la région, et ce n'est pas parce que nous sommes un pays riche, mais parce que l'éducation est vue comme un bien de consommation et non un droit. C'est de là que partent tous les problèmes qui touchent la situation actuelle du pays, principalement marqué par l'inégalité dans l’accès et la qualité de l’éducation. Dans l’enseignement primaire et secondaire, il existe trois types d'éducations. La différence entre ces trois types est l'apport financier du public et du privé. La segmentation sociale est reflétée dans la quantité d'argent que possèdent les familles pour financer l'éducation de leurs enfants, où il existe une relation directe entre un coût plus grand et une meilleure qualité. C'est ça le moteur du mouvement étudiant, l'inégalité sociale, qui est accentuée par cette éducation de marché.

Comment le mouvement étudiant a commencé ? Quelle est son histoire, ses grandes étapes, qu'a-t-il obtenu ?

D. : J'avais 13 ans en 2006 quand mon collège (public) a décidé de se joindre à l'appel qui naissait depuis la capitale, dont les demandes étaient notamment la gratuité du test de sélection à l'université, la gratuité du transport pour l'enseignement basique et moyen, la dérogation de la loi organique constitutionnelle de l'éducation (Ley orgánica constitucional de educación - LOCE) qui a été promulguée par Augusto Pinochet. En plus de ça, on débattait sur la précarité de l'éducation publique. C’étaient les étudiants eux-mêmes qui, avec un Comité de Consultation Présidentiel, ont rendu un rapport, reçu par Bachelet qui était dans son premier mandat, avec une série d’indications pour déroger à la loi de Pinochet.

Cette année a été reconnue comme la révolution des pingouins et a mené à la deuxième étape du mouvement étudiant, en 2008, quand Bachelet a fait la sourde oreille aux demandes des étudiants en secondaire et a promulgué la Loi Général de l’Education (Ley General de Educación). Cette loi, plus qu’une réforme profonde, maintient le sentiment d’une éducation de marché. Il y a eu des manifestations, des protestations et des démonstrations de mécontentement dans tout le pays, auxquels se sont joints les professeurs et les étudiants universitaires qui refusaient la proposition de Bachelet, qui a finalement été promulguée.

C’est seulement en 2011 que tous les acteurs de l’éducation ont décidé d’unir leurs forces pour en finir avec l’héritage de la dictature. Ce mouvement est considéré comme un des plus forts depuis le retour à la démocratie et son objectif est une éducation «publique, gratuite et de qualité» à tous les niveaux. A Santiago, deux cent milles personnes ont marché dans les rues et au total au Chili les chiffres ont atteint quatre cent milles personnes. Parce que la citoyenneté va de pair avec ce mouvement, récupérer l’éducation comme un droit n’est pas seulement la tâche des étudiants et des professeurs, c’est un devoir en tant que chilien. Et pour moi, c’est le plus grand succès du mouvement étudiant, unifier un pays par une seule cause, l’éducation.

Michelle Bachelet a annoncé la gratuité de l’université pour son second mandat présidentiel. Que s’est-il passé ensuite ? Pourquoi les étudiants continuent à se mobiliser ? Quelles sont les demandes du mouvement ?

D. : Bien que Bachelet ait annoncé la gratuité, les étudiants veulent participer à cette réforme, et même pas seulement eux, mais tous les acteurs impliqués: professeurs, académiques, représentants. Ceux-ci refusent la participation de politiques corrompus dans les décisions du Chili. C’est pour ces raisons qu’a eu lieu la dernière manifestation à Santiago, le jeudi 16 avril. En effet, ces derniers temps plusieurs faits de corruption et de malversation de fonds ont été découverts, notamment concernant le fils de Bachelet, des personnes de sa coalition politique et de confiance, comme le Ministre de l’Intérieur.

Les demandes continuent à être une éducation publique, gratuite et de qualité, mais aujourd’hui le mouvement atteint une maturité et une réflexion distincte, qui cherche à avoir une incidence sur la formulation de la Réforme Éducative d’une manière plus directe et concrète.

Selon toi, comment le mouvement étudiant au Chili parvient à tenir aussi longtemps ?

D. : Comme je te le disais, il existe des grandes inégalités au Chili, où il s’avère que l’éducation de marché qui est maintenue jusqu’à aujourd’hui, accentue cette condition. Je crois que cela continue d’être le moteur d’un mouvement étudiant qui, à différentes étapes, a su se reconsidérer, réfléchir et ne pas s’affaiblir.

Est-ce que tu penses que ce mouvement a des conséquences sur les étudiants au Chili en général ?

D. : Je crois que nous étudiants du Chili, non seulement nous avons été une inspiration pour nos pères qui ont vu le reflet de leur lutte pour finir avec la dictature, qui se perpétue déguisée dans cette pseudo-démocratie, mais aussi que nous avons été une source d’inspiration pour d’autres mouvements citoyens qui se sont levés depuis 2011 jusqu’à aujourd’hui. Mais plus encore, nous sommes une inspiration pour nous-mêmes, et nous regardons avec une espèce de nostalgie les protestations de 2011, cherchant en elles la motivation pour ne pas faiblir contre l’éducation de marché qui aujourd’hui, pour moi est le berceau des inégalités au Chili. Et j’espère que cela sera une source d’inspiration pour toutes les générations à venir, voyant l’éducation comme un droit à construire le pays auquel on rêve.

Quels sont les liens du mouvement étudiant au Chili avec les autres mouvements étudiants en Amérique du Sud et dans les autres parties du monde ? Et au Chili, avec les autres luttes ?

D. : Je ne sais pas si, en 2011, il existait un lien concret entre les pays latino-américains, mais il y avait des manifestations dans différents pays de la région (Colombie, Porto Rico, République Dominicaine entre autres), avec le même discours «éducation gratuite et de qualité». En Colombie notamment des protestations continuent, avec des slogans comme «Nous ne serons pas la génération qui verra mourir l’éducation publique». Et au Chili, un lien constant s’est développé entre les groupes de travailleurs et le mouvement étudiant, visible dans les manifestations sous des slogans comme «Plus jamais seuls», faisant référence aux étudiants et aux travailleurs.

Propos recueillis par Elisabeth Lagasse.