Initiative Louvaniste pour le Pluralisme en Economie

L'ILPE n'est pas une commission de l'AGL à proprement parlé, mais celle-ci a gentiment accepté de laisser cette page sur son site web pour hébergerment, merci à elle !

Repenser l'économie au sein de notre Université... est ce possible  ?

Vous vous en souvenez, en 2008, juste avant que n'éclate la crise, minoritaires étaient les économistes qui la voyaient venir. Pourtant celle-ci a bien eu lieu : une faille des sciences économiques ? C'est ce que pensent beaucoup. Notamment les étudiants en économie eux-mêmes...

En 2011, dans la foulée d'Occupy WallStreet, les étudiants en économie à Harvard décidaient de boycotter un cours de Gregory Mankiw, pour s'opposer au biais conservateur de que celui-ci véhiculait (il est l'auteur du livre d'économie politique très répandu et utilisé en BAC1 à l’UCL). Par après, c'est à Manchester que les étudiants en économie se faisaient entendre : soutenus par de nombreux académiques ils souhaitaient dénoncer l'inadéquation des théories enseignées avec la réalité. Dans les deux cas, l'objectif des étudiants était d'introduire une vision plus critique dans le cours, ainsi que souligner la diversité des approches possibles en sciences économiques. Le mouvement de mécontentement des étudiants en économie s'est par après propagé un peu partout dans le monde.

Qu’en est-il à l'UCL ? Ici aussi des étudiants en économie se sont élevés contre l'approche trop univoque de l'économie dans leurs programmes. Un premier mémorandum a été réalisé en 2012 par plusieurs d'entre eux pour commencer le débat avec l'école d'économie. Leur volonté était une réforme de grande ampleur du programme ainsi qu'une diversification du personnel enseignant au niveau des approches épistémologiques privilégiées par chacun d'entre eux. Conscients qu'il est impossible d'obtenir tout dès le début, ils y sont allés pas à pas. Et ce fut un succès. Suite à la pression de 20 délégués, un cours d’histoire de la pensée économique obligatoire a été intégré au bachelier, une mineure en développement durable (en économie) a été créée, le cours de « théories des organisations » a été transformé en « théorie critique des organisations et des marchés » et le cours de « sociologie clinique des organisations » en « analyse critique des organisations ». Un beau succès. Des approches innovantes ou alternatives sont toujours absentes du programme, mais cela montre que tous ensemble, on peut gagner ! A l’aube 2016, l’application de ces changements est en passe d’être finalisée.

Louise Lambert étudiante en ECON21 (2014) explique : "Pour le moment, la théorie néo-classique est enseignée de la première à la cinquième sans laisser une fenêtre pour ses critiques ou ses alternatives (hormis dans quelques rares options). L’introduction d’un cours critique dans le tronc commun serait selon moi une très grande avancée car il montre la volonté de ne pas considérer le paradigme économique actuel comme l’unique réponse, la seule explication de l’économie, ce qui a été mon ressenti lors de mon Bac.  Au vu des multiples crises actuelles qui montrent entre autre la fragilité de notre économie et les défis que nous devrons relever, il me semble primordial de former des économistes et des citoyens éveillés. Cela ne peut se faire sans passer par un enseignement critique qui explique les différentes théories économiques, leurs forces et leurs faiblesses. Vous en conviendrez, un étudiant qui n’a qu’un seul modèle en tête (reposant sur des hypothèses discutables), n’aura d’autres choix que d’appliquer ce modèle."

Dans cet esprit, l'AGL a donc choisi, lors de son conseil de décembre, de soutenir la proposition des délégués et du BDE. Ceci notamment pour renforcer leur pouvoir de négociation. Nous leur souhaitons bonne chance pour la suite ! 

Se bouger, ça porte ses fruits !

 

En 2012, des étudiants et des délégués en économie décident de passer à l’action et de faire des propositions de changement de programme. Comme le manque de réflexion critique est plus important en BAC, ils se mettent d’accord pour proposer un cours de « Perspectives critiques en économie et gestion » obligatoire pour tous les BAC en économie et gestion (ECGE et INGE). Pendant six mois, ils tâtent le terrain auprès de certains professeurs, du personnel administratif, de certains responsables académiques, commencent à en parler publiquement...  Fin de l’année, une note et un plan d’action sont rédigés. Ils sont proposés à l’ensemble des délégués de cours, du Bureau des Etudiants en ESPO (qui rassemble tous les délégués de la faculté) et de l’AGL, qui approuvent tous la note.

Notons que l’AGL dénonce dans son discours de rentrée académique les problèmes en économie dès 2011 (et notamment l’usage du livre de Mankiw dans tous les cours d’économie politique). Elle répètera cela les années ultérieures.

Au final, ce sont 18 délégués qui cosignent la volonté de repenser le cursus vers plus d’esprit critique, et d’introduire un cours de « perspectives critiques en économie et gestion », dont le but est 1) de parler d’épistémologie 2) de parler de l’histoire de l’économie et des théories et 3) de présenter des approches alternatives à l’économie néoclassique (telles que l’économie post-keynésienne, ou l’économie écologique, ou l’école autrichienne, ou le marxisme, etc). Le projet est ensuite négocié dans les différents organes par le délégué principal des master en économie Olivier Malay : comité de gestion des BAC ECGE-INGE, école d’économie, Louvain School of Management (LSM),...

Réunion après réunion, le projet avance. Les professeurs de la LSM sont moins crispés sur le sujet que les profs d’économie et acceptent de transformer deux cours existants : le cours de « théories des organisations » a été transformé en « théorie critique des organisations et des marchés » et le cours de « sociologie clinique des organisations » en « analyse critique des organisations ».

Les économistes quant à eux sont réticents. Le président de l’école d’économie Sébastien Van Bellegem va toutefois arriver à un compromis entre professeurs et étudiants. La mineure en approfondissement en économie va être supprimée et scindée en deux. Une mineure en développement durable (avec des apports en économie écologique, ce qui satisfait les étudiants) et une mineure en économie internationale (plutôt néoclassique). Mais aussi, le cours d’histoire de la pensée économique, jusque-là réservé aux étudiants de la mineure en approfondissement, va être intégré au master et sera donné dans une perspective critique.

Après un an de bataille, de stress et de conversations de couloir, les étudiants obtiennent donc gain de cause. Mais celui-ci n’est que partiel : d’une part, l’essentiel des cours demeure néoclassique et si certains cours permettent une « réflexion », on n’enseigne toujours pas de théories alternatives. D’autre part, la réforme ne sera pas tout à fait appliquée. La mineure en économie internationale a été sabordée car les profs n’ont pas su se mettre d’accord sur les cours. Et surtout le cours d’histoire de la pensée sera confié à Luca Pensieroso, qui est un prof qui a écrit un article en 2016 affirmant en somme qu’il n’y a pas de problème de pluralisme en sciences économiques.

Mais cela n’empêche : tout cela montre qu’avec de la motivation, un bon projet et surtout en agissant tous ensemble, on peut arriver à des résultats !

A l’heure où ces lignes sont écrites (2016), l’école de gestion a transformé les cours promis. L’école d’économie met la réforme en place pour l’année académique 2016-2017. Ça avance ! Quel sera le prochain round ? Suite au départ de Christian Arnsperger (dépité par le département) et d’Isabelle Cassiers (à l’éméritat en 2017), ce sont deux professeurs qui incarnaient une économie plus réflexive à l’UCL qui s’en vont. Seront-ils remplacés ?

L’AGL dénonce toujours l’absence de pluralisme dans son discours de rentrée académique. En 2015, les économistes ont « découvert » que celle-ci les critiquait dans son discours et une rencontre a été organisée en présence du Recteur. Les professeurs présents semblaient tomber des nues en apprenant une remise en question étudiante du cursus… alors que celle-ci existe depuis au moins 2010. Le chemin est donc encore long, mais la route est pavée de petites victoires.

>> En Annexe, la note co-signée par les 18 délégués demandant un cours critique